1.Introduction:
Ce travail a été réalisé sous la direction de
Jacques Harthong. L'expansion de l'Univers influence la trajectoire des rayons lumineux appelée aussi
géodésique.
La relativité restreinte permet d'étudier leurs comportement dans un référentiel
galiléen, mais cette approche ne suffit pas dans le cas d'une expansion telle qu'elle est
décrite dans les modèles du Big-Bang. Il faut donc utiliser les résultats issus de
la relativité générale. Nous nous intéressons ici à la détermination
de la trajectoire des rayons lumineux dans la métrique de Friedmann-Lemaître-Robertson-Walker (FLRW).
Cette métrique s'écrit :

où la partie spatiale dσ2 peut prendre la forme suivante :

avec k le paramètre de courbure. On parlera alors d'espaces de type sphérique
(k=1), plat (k=0) ou hyperbolique (k=-1).
La figure suivante nous permet de voir le résultat recherché, c'est-à-dire le calcul de la géodésique lumineuse émise à l'instant t1 par la galaxie de gauche et reçue par
la nôtre à l'instant présent t0.

Figure 1 : trajectoire d'un rayon lumineux dans un espace en expansion
2.Cas avec k=0 et Λ=0:
On modélise ici les géodésiques dans un espace plat (k=0) avec une constante cosmologique nulle (Λ=0). Dans ce cas, le facteur
d'échelle a une forme analytique :
Nous pouvons établir le système différentiel régissant
le comportement des rayons lumineux. Celui-ci sera résolu numériquement
par la méthode de Runge-Kutta. En calcul tensoriel, l'équation vérifiée
par les géodésiques est la suivante (avec la convention de sommation d'Einstein) :

La variable "s" est un paramètre arbitraire, à ne pas confondre avec
l'intervalle d'espace-temps défini au début. Puisque la matrice du tenseur métrique est diagonale (gij=0 si i≠j), les
symboles de Christoffel de seconde espèce sont :



3.Système différentiel:
Aprés le calcul de ces symboles, on obtient donc le système différentiel non-linéaire suivant:

4.Résolution numérique:
Nous pouvons maintenant résoudre numériquement ce système grâce
à la méthode de Runge-Kutta à l'ordre 4 avec pas adaptatif. Le projet initial
développé durant ma premiére année de l'ENSPS a été codé en langage C. Nous nous
servirons plus tard des solveurs "ode" de Matlab pour faciliter l'implémentation
de cette modélisation.
Voici le source et le script gnuplot associé:
La variable sphérique
"r" étant par définition positive, nous nous assurons de mettre la valeur absolue à chacune de
ses utilisations dans l'algorithme. Une fois
le code compilé ("gcc -lm main.c"), nous passons à l'exécution.
Le programme requiert un paramètre qui est la distance de laquelle part le rayon lumineux par rapport
à notre référentiel qu'est notre galaxie.
Concernant les conditions initiales dans l'algorithme
de Runge-Kutta, nous nous apercevons que les dérivées initiales sont liées entre elles
de par la définition même de la métrique FLRW. On peut ainsi écrire :
Cette équation apparaît dans le source "main.c" sous la forme :
| wp=sqrtl(R0*R0*powl((((3*Ho)/(2*cv))*(w)),4./3)*(powl(xp,2)+powl(x,2)*powl(yp,2)+powl(x,2)*powl(sinl(y),2)*powl(zp,2))); |
avec wp=(d(ct)/ds)0, xp=(dr/ds)0, yp=(dθ/ds)0, zp=(dφ/ds)0
et w=ct0, x=r0, y=θ0, z=φ0.
On prend pour l'instant le cas simple où xp=-1 (ceci implique dr<0 quand ds>0), yp=0 et zp=0. A noter que wp ((d(ct)/ds)0) sera choisi positif, ce qui signifie que d(ct)>0 quand ds croît.
Nous verrons plus loin le cas où yp≠0. Pour ce qui est de t0, r0, θ0, et φ0, nous
choisissons : t0=2/(3H0), r0=3000, θ0=pi/2, φ0=pi/2.
5.Résultats:
Les graphiques suivants ont été produits avec une distance initiale de 3000 Mégaparsecs (1 parsec=3.262 années-lumière=3.1013km), soit environ 9.8 Milliard d'années-lumière.
Une fois l'exécution terminée, nous produisons le graphique geo_r.ps ("gnuplot geo.gp").
En abcisse est représenté le temps exprimé en Mégaparsec (attention à
faire la conversion en années) et en ordonnée la distance toujours en Mégaparsec.
La ligne continue est la trajectoire de la galaxie qui s'éloigne de la nôtre (suivant la loi de Hubble) et
en pointillé la trajectoire du rayon lumineux arrivant vers nous.

Figure 2 : Trajectoire du rayon lumineux pour (dr/ds)0=-1,(dθ/ds)0=0,(dφ/ds)0=0
Nous voyons que le rayon arrive dans notre galaxie au bout de 7160 Mpc, soit 23.35 milliard d'années. On peut remarquer aussi la légère incurvation de la trajectoire qui traduit, de par la définition même de la métrique FLRW, la courbure de l'espace-temps. Par la suite,
la variable "r" se met à augmenter, ce qui traduit l'éloignement du rayon après avoir
atteint l'origine de notre référentiel.
La trajectoire est modifiée lorsque nous prenons (dθ/ds)0≠0 :

Figure 3 : Trajectoire du rayon lumineux pour (dr/ds)0=-1,(dθ/ds)0=0.0001,(dφ/ds)0=0
On s'apercoit que le rayon se rapproche de nous dans un premier temps puis s'éloigne. Nous en concluons qu'une légère déviation initiale ((dθ/ds)0=0.0001) ne permet pas
à la lumière d'arriver dans notre référentiel, ce qui peut se comprendre de
manière intuitive. Ceci est confirmé par la figure 4 où est représenté θ en fonction de ct:

Figure 4 : Valeur de θ en fonction de (ct) pour (dr/ds)0=-1,(dθ/ds)0=0.0001,(dφ/ds)0=0
θ varie de π/2 à 3π/2 mettant en évidence le passage de la
lumière au voisinage de notre galaxie. Regardons maintenant le résultat
obtenu en prenant (dθ/ds)0=0 et (dφ/ds)0≠0 :

Figure 5 : Trajectoire du rayon lumineux pour (dr/ds)0=-1,(dθ/ds)0=0,(dφ/ds)0=0.0001
La géodésique obtenue est la même que celle de la figure(3). On peut se rendre
compte en effet qu'il y a une symétrie entre θ et φ dans le système différentiel quand on prend un de ces deux paramètres constant et l'autre
variable et vice-versa. Ceci est validé par la courbe suivante qui est la même que celle montrée précédemment pour θ (cf Fig(4)).

Figure 6 : Valeur de φ en fonction de (ct) pour (dr/ds)0=-1,(dθ/ds)0=0,(dφ/ds)0=0.0001
Ce résultat confirme aussi qu'il n'y a aucune direction privilégiée dans la propagation de la lumière, autrement dit on vérifie l'isotropie du
rayonnement dans cette métrique.
6.Portage sur Matlab:
Portons à présent le code en Matlab qui dispose de solveurs déjà
implémentés.
Les résultats obtenus prédémment en langage C sont validés par le programme Matlab.
Le solveur utilisé "ode45" est similaire à l'algorithme de Runge-Kutta avec
pas adaptatif.

Figure 7 : Trajectoire du rayon lumineux pour (dr/ds)0=-1,(dθ/ds)0=0,(dφ/ds)0=0
7.Autre validation par résolution analytique:
Dans le cas particulier où nous choisissons (dθ/dt)=(dφ/dt)=0, de sorte que les rayons lumineux qui nous intéressent suivent des trajectoires
radiales, nous n'avons pas à manipuler des intervalles angulaires et cette approche
ne considérera que deux variables: r et t. Puisque pour des géodésiques, ds=0, on peut écrire :

Nous mettons le signe moins pour bien spécifier que le rayon part dans notre direction.

Nous avons désormais la solution analytique r(t) que nous traçons :

Figure 8 : Trajectoire du rayon lumineux pour (dθ/dt)=0,(dφ/dt)=0
Cette trajectoire est identique à la solution numérique illustrée sur
la Figure 2. Nous avons donc ici une solution particulière du problème global explicité depuis le
début.
8.Conclusion:
Nous avons ainsi pu étudier la propagation de la lumière dans un
espace évoluant avec le temps. La mise en évidence du comportement
non linéaire des rayons remet en question notre perception euclidienne des
phénomèmes physiques à une échelle plus modeste que
les distances que nous avons pu considérer jusque là.
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